Bilan post-électoral de la présidence Obama

A l’heure où nous écrivons, les résultats des élections du 8 novembre ne sont pas encore connus, et l’avance de la candidate démocrate dans les sondages s’est effritée. Mais il est encore temps de dresser un bilan des deux mandats du Président Obama ; et de s’interroger sur les perspectives de l‘économie américaine pour les quatre ans à venir.

 

Obama face à la crise de 2008
Barack Obama accède à la Maison Blanche en pleine crise des subprimes : les maisons ne se vendaient plus et les gens étaient mis à la rue. Le chômage explosait, le système bancaire était au bord de l’implosion et l’industrie automobile risquait d’être rayée de la carte. Face à crise la plus grave depuis 1929, le bilan du 44ème président américain est plutôt positif … même si ce n’est pas le ressenti actuel de tous les Américains. En 2009 General Motors et Chrysler, en faillite, étaient recapitalisées par l’État : nationalisation de fait, mais temporaire. Dès juillet 2010, le Congrès américain votait le loi « Dodd-Frank pour la réforme de Wall Street et la protection du consommateur », qui impose aux banques et compagnies d’assurance une limitation de leurs participations à des fonds d’investissement et de pension. Pour Obama, le secteur financier est aujourd’hui « plus gros que ce qu’il souhaiterait, mais plus stable ». Cette régulation est inachevée, mais aura permis de contenir les excès de la finance. Ce sauvetage financier doit aussi beaucoup à la politique accommodante de la FED (création monétaire et taux zéro) qui a réduit l’endettement des ménages et les défauts de paiement.

 

Obamacare et relance, à l’actif d’Obama

Tout d’abord, l’Obamacare « loi sur la protection des patients et des soins abordables » : ce sera le grand héritage du président qui dut batailler ferme entre 2010 et 2014 pour parvenir à un compromis avec une Chambre réticente, à majorité républicaine. La couverture santé devenue obligatoire aura permis à 20 millions de personnes qui ne bénéficiaient d’aucune assurance maladie d’y avoir accès. Le taux de personnes non assurées est passé de 20 % en 2010 à 9 % en 2016. Ensuite, la reprise économique a été rendue possible par une politique de relance budgétaire à rebours de la politique de rigueur choisie en Europe. Résultat : le PIB a crû de 13 % là-bas, alors qu’une quasi stagnation fut de mise ici (2 %). De même, la création d’emplois a réduit le taux de chômage à la moitié du nôtre. De ce côté-ci de l’Atlantique, on a du mal à comprendre l’attrait d’une partie des électeurs pour Donald Trump, qui entend revenir sur la plupart de ces acquis.

 

Les raisons de la colère

L’idée que les choses iront toujours en s’améliorant est une composante fondamentale du « rêve américain ». Aujourd’hui, cette confiance semble avoir disparu. À y regarder de près, on constate que le nombre d’Américains dépendant des « food stamps » (bons alimentaires) concerne plus de 40 millions d’Américains au dessous du seuil de pauvreté. Les fruits de la croissance ont été très mal répartis puisque les 1 % les plus riches ont capté plus de 85 % de cette richesse nouvelle. Le taux de chômage est faible, mais le « taux d’emploi » (proportion d’actifs dans la population adulte) n’a pas retrouvé son niveau initial. Autrement dit, c’est l’augmentation structurelle du nombre de chômeurs découragés, qui explique – en partie – le faible chômage actuel des États-Unis. Autre revers de la médaille, les comptes publics sont profondément dans le rouge. Les frais éducatifs ont explosé. La bulle des prêts étudiants est un menace sérieuse malgré la mise en place du « pay as you earn » (remboursez en fonction de ce que vous gagnez) qui limite le remboursement à 10 % des revenus. Les jeunes actifs sont obligés de réduire  leur consommation. Ceci participe à la frustration de la classe moyenne, qui se sent abandonnée des élites, et explique pour une bonne part la « surprise Trump ».

 

Hillary versus Donald : perspectives à 180 °

Entre leurs programmes, peu de convergence, exception faite d’une orientation protectionniste avec l’arrêt des négociations transpacifiques et du TAFTA. Trump, pour séduire les cols bleus touchés par la désindustrialisation, a promis de renégocier l’accord de libre échange avec le Mexique. Mais il s’agit d’une posture : les économies des trois pays sont aujourd’hui bien trop imbriquées pour faire machine arrière. Le républicain a annoncé l’édification d’un mur au long de la frontière mexicaine et le retour au pays des travailleurs sans papiers. Rien de tel chez la démocrate, qui a jugé positif l’apport des migrants, car il compense le déclin démographique des WASP (white anglosaxon protestants). Politique fiscale et sociale : ce fut  le grand écart. Peut-être influencée par « l’effet Sanders » – rival efficace aux primaires -, la démocrate voudrait taxer davantage les millionnaires et booster le salaire minimum fédéral de 7 à 12 dollars /heure, assurer la gratuité de l’université aux familles moyennes. Ce programme néokeynésien, a-t-elle assuré, permettrait le soutien de la croissance par la consommation.

A l’inverse, le républicain a prôné des baisses du taux marginal (le plus élevé) d’impôts sur les revenus de 39 % à 33%, et de 35% à 15 % sur les bénéfices. Ces baisses d’impôts seraient financées par des baisses des dépenses publiques sauf de défense. Leurs perspectives écologiques sont diamétralement opposées : alors que D.Trump entendait dénoncer la signature de l’Accord de Paris (COP 21), renoncer à tout objectif de réduction des émissions CO2 et favoriser au maximum la production d’hydrocarbures, H.Clinton a proposé de supprimer toute subvention à l’industrie pétrolière, et de les transférer sur les énergies renouvelables. En simplifiant, le peuple américain aura eu à trancher entre une politique de l’offre, inégalitaire, favorable à la déréglementation, et une politique de la demande plus égalitaire, favorable à l’intervention régulatrice de l’État.

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Christian Branthomme et Loïc Steffan