La collapsologie réhabilite le politique

Ce texte est pensé comme une discussion et non pas comme une vision. Contrairement à ce que j’entends parfois la collapsologie est éminemment politique. Pas dans son objet mais dans les conséquences de ses conclusions. Selon moi, ce qui perturbe la plupart des gens vient du fait qu’elle bouleverse les imaginaires politiques sans pour autant proposer une voie politique. Le peut-elle d’ailleurs ? Cette difficulté est assez inéluctable. Entre le survivaliste (sauce américaine qui émerge depuis les années 60) qui est marqué par des idées parfois très à droite, une forme de libertarianisme ou même encore influencé par l’eschatologie des Mormons ou des évangéliques, entre le militant d’extinction rebellion ou de Deep Green Resistance (DGR), le néo-malthusien patenté, entre le preppers ou l’anarchiste et le ZADiste le seul point commun est probablement l’idée que le système n’est pas soutenable.  Et tous ne sont pas collapsologues, loin s’en faut. En fait le reproche tient surtout à ce que les gens voudraient que la collapsologie soit exactement dans leur position militante. Je l’avais exprimé à propos d’un militant de DGR qui avait une position caricaturale sur le sujet.   Ceux qui ont cette position  se trompent. En fait quand j’analyse les forums et notamment la collapsologie heureuse je vois bien que son succès tient plus de la capacité au dialogue entre les membres sur le vécu et leur imaginaire plutôt que  sur le partage unique d’une documentation scientifique des problèmes autour du collapse.

Il faut d’abord comprendre qui sont les collapsologues.

Il y a d’une part les gens qui essaient de produire du savoir et d’autre part les gens qui s’intéresse à ce discours.  Il faut donc les connaître. J’avais exprimé mon agacement dans un autre article sur le fait que de nombreuses personnes expriment des jugements sur un mouvement qu’ils connaissent finalement assez mal. Pour moi, un collapsologue est avant tout un geek qui partage des informations très pointues autour des problèmes de ressources et de climat et qui opère un formidable travail de vulgarisation pour rendre sa passion compréhensible par le plus grand nombre. Ensuite il aime discuter avec des pairs sur sa conception du monde. En général la politique n’est pas loin. Ils sont très divers et on veut coller la même étiquette à des gens qui ne se ressemblent pas.  Et cette diversité on la retrouve chez les auteurs qui documentent ce phénomène. On sent poindre des options politiques très diverses. Vraiment très diverses. Ici une taxe du ventre et un positionnement néomalthusien, là une préoccupation de renversement du capitalisme assez palpable, ailleurs encore la valorisation de la nature de façon quasi mystique, ailleurs une naturalisation de la société dans une vision fataliste et mécaniste de l’activité humaine qui sert qu’à dissiper de l’énergie pour ne prendre que quelques exemples.

Dans son livre « Militer à l’ombre des catastrophes » dont vous trouverez un très bon résumé avec ce lien, Luc Semal montre les relations entre le catastrophisme (dont fait partie la collapsologie) et la science politique depuis les années 60. L’institutionnalisation des questions environnementales sous la forme du développement durable a globalement été un échec.  Avec Serge Orru ou d’autres on aurait aimé passer du développement durable à l’humanité durable. Trop d’écart entre les discours et les actes.  Le projet démocratique des sociétés modernes basé sur la croissance est remis en cause par la crise écologique sans précédent.

C’est une erreur de penser qu’il s’agit de la dernière réitération en date de visions apocalyptiques, religieuses ou sécularisées qui animent le cours de la pensée humaine. On a tenté de réduire la collapsologie à une nouvelle croyance à la fin du monde (CFM) mais ce n’est pas le cas. J’ai regardé des travaux sur ces questions (Jugel, Roussiau, Boia, etc. ) et les mécanismes ont des ressemblances avec les CFM mais suffisamment de différences pour activer des ressorts différents.  Car la collapsologie procède différemment. Elle documente le caractère systémique des problèmes que nous rencontrons. Elle passe par le logos. Il y a d’ailleurs énormément de gens qui savent manier de l’information scientifique dans le public sensibilisé au départ sur ces questions. 

La collapsologie provoque une nécessaire refondation du politique

Il faut entendre refonder au sens premier du terme de fondation. Si vous avez une vision de l’homme bon à la suite de Rousseau vous aurez tendance à privilégier sa liberté. Si comme Hobbes vous pensez que l’homme est un loup pour l’homme vous voudrez restreindre ses libertés. Si vous vous placez dans une perspective marxiste votre vision sera différente. Pour moi, la collapsologie est même la narration qui est la plus à même de réinventer le ou les projets politiques qui sous-tendent les sociétés modernes. En effet, l’émergence de la démocratie s’est faite dans un contexte porté par l’idée de progrès de croissance et d’abondance ou les inégalités se résorberaient. En économie la courbe de Kuznet est l’illustration de ce principe.  Piketty a bien montré que ce n’était pas vraiment le cas.

Dans son dernier ouvrage il montre d’ailleurs à quel point notre conception des inégalités et de ses justifications est politique et idéologique. Nous avons besoins d’inventer des imaginaires qui justifient les inégalités car on ne peut le faire en se fondant sur des lois économiques. D’ailleurs ce qui est drôle dans le débat qui naît sur ce livre (avant même sa sortie) c’est que la plupart des critiques entendent immédiatement égalité. Or en logique formelle le contraire des inégalités n’est pas l’égalité mais la non-inégalité. Ce qui est très différent. Face à cela si vous connaissez la théorie de l’identité sociale (Tajfel -Turner ) vous savez que cela va générer des conflits entre groupes sociaux. Cela peut même conduire à une résurgence d’un âge identitaire.

La collapsologie est un mot obus

C’est un mot qui colle et je l’ai déjà dit. C’est une discipline qui nous parle de «l’institution imaginaire de la société » au sens du livre de Castoriadis. On pourrait aussi citer L’imaginé, l’imaginaire et le symbolique de Godelier. Vous pouvez en trouver un bon résumé ici. L’ouvrage (que je recommande) s’efforce de distinguer conscience, pensée, langage, imagination et symbole comme constitutifs de la nature humaine. Les rapports sociaux sont institués dans les sociétés et dans les esprits (sous forme de représentations sociales, de normes et d’interdits). La conscience, en tant qu’action consistant à donner du sens au monde, procède en utilisant le langage. Les mots, ainsi posés sur les choses permettent de définir notre environnement. Schématiquement, le langage permet de rendre compte de notre environnement de deux manières : d’une part, il peut être utilisé pour produire des connaissances scientifiques ; d’autre part, il permet d’exprimer notre imagination. Le langage et l’imagination ont une fonction symbolique en tant qu’ils permettent de donner une signification à chaque chose. Or l’imaginaire accède au statut de « réel » au sein d’une société. Godelier nous montre que notre vision du monde se fonde sur des représentations sociales produites individuellement (par le biais du langage et de l’imagination) mais particulièrement influencées par des institutions sociales et politiques et la langue. Le réel est donc d’abord un ensemble d’éléments imaginés qui sont devenus réels au point que l’on en oublie qu’ils auraient pu ne pas être. Et la collapsologie (dans la charge symbolique qu’elle possède) possède cette propriété de dévoiler le fait que nous sommes potentiellement prisonnier d’une narration liée à la croissance, à un rapport à la nature qui doit être questionné. Cela permet de réhabiliter la pensée de Gorz, de Polanyi sur l’encastrement nécessaire de l’économie dans le social ou encore la réflexion d’Ostrom sur les communs. J’avais esquissé cette réflexion dans cet article. Cela permet de réhabiliter notre rapport aux capacités porteuses de la planète. On pourrait citer de nombreux autres auteurs et chacun pourra avancer les références qui ont construites son rapport au monde. La collapsologie est un objet frontière qui nécessite un débat démocratique pour en définir les contours. Mais plus vous avez une culture politique et ou économique plus vous comprenez que ces questions, parce qu’elle touchent à la création de richesse, à l’utilisation des ressources et à la répartition, sont obligatoirement éminemment politiques. Plus vous vous dites qu’il faut continuer à créer de la richesse mais qu’on ne peut garder la définition actuelle. Il faudra bien inventer les activités qui répondent aux besoins mal satisfaits aujourd’hui ou avec un coût écologique insoutenable. Cela nécessite d’aller au delà du marché.

Comment la collapsologie introduit l’aspect politique

En fait le mécanisme est assez simple. Si on vous dit (en vous le démontrant) qu’il va y avoir une déplétion des ressources, une dégradation des écosystèmes liée la capacité porteuse de la planète et des partages obligatoires pour subvenir aux besoins de tous, si on vous démontre qu’il y aura probablement des migrations internationales liées aux dégradations des conditions de vie vous êtes obligé de procéder à un questionnement radical de votre rapport au monde.  Si vous êtes nationaliste de droite, vous allez répondre fermeture des frontières, préférence nationale et jeux non-coopératifs. Si vous avez un imaginaire plus solidaire, vous répondrez biens communs, éducation, solidarité dans le pays et solidarité Nord-Sud.

Si on vous fait une démonstration de ce type, vous vous posez immédiatement la question des dilemmes moraux que vous aurez à résoudre pour maintenir du lien social et pour prioriser ce qui est vital et ce qui l’est moins. Je l’avais évoqué dans cet article. Il est nécessaire d’avoir des réflexions éthiques poussées. Ce débat n’est pas nouveau mais il est renouvelé.

Si on vous parle de lien entre énergie et création de richesse, et qu’on affirme (en le démontrant) qu’on ne peut pas découpler l’émission de carbone et la production de richesse vous êtes immédiatement obligé de vous demander comment on pourra financer les services publics qui sont actuellement financés à partir d’un prélèvement sur la richesse produite. A propos de la décroissance et des travaux de Serge Latouche, Denis Clerc répondait qu’il y avait un hiatus dans le raisonnement. Selon lui, ce n’est pas la croissance économique dans son ensemble qui fait peser des menaces sur la planète et l’humanité, mais « quelques-unes de ces composantes : l’automobile et le transport routier, la chimie et l’agriculture intensive. Des activités qui, toutes importantes qu’elles soient, pèsent une partie assez faible du PIB puisque plus des deux tiers proviennent des activités tertiaires considérées à tort ou raison comme plus faiblement émissives. C’est précisément ça qu’il faut documenter. Certaines part de l’activité économique sont « génératrices d’une forte utilité sociale » en de faibles retombées environnementales : services aux personnes, aux entreprises, services publics, etc. Pour objectiver cette controverse il est donc nécessaire de mesure correctement la « part maudite » au sens de Bataille de chaque activité qu’il faut comparer à l’utilité ou au lien social généré. En plus comment prôner la décroissance quand les besoins fondamentaux d’une partie de l’humanité ne sont pas couverts. Peut-on arriver à les couvrir en réduisant les inégalités ? Il existe des tentatives. La prospérité sans croissance de Tim Jackson. La thèse de François Briens par exemple.

Avec ce mode de raisonnement, il devient nécessaire de recréer des arènes de démocratie et de délibération. La croissance infinie dans un monde fini semble un leurre. Je m’étais amusé à l’évoquer dans un court article volontairement provocateur. Ce n’est pas grave. Danser, chanter, parler avec ses amis est beaucoup plus enrichissant que ce confort matériel qui ne crée que des frustrations. M. Nussbaum et A. Sen ont bien montré ce qui est important avec les capabilités.

Aujourd’hui, puisque la croissance ne semble plus aussi désirable et que nous avons des problèmes de dégradation de nos environnements, il est important de se poser la question d’un nouveau contrat naturel. C’est ce que j’ai écris dans les pas de Michel Serre. Latour se pose une question semblable dans son livre « Où atterrir ». Lorsqu’on évoque ces questions de ressources on pense immédiatement à la géographie. On peut imaginer s’appuyer sur Raffestin et sa géographie du pouvoir. J’avais modestement évoqué Colletis et Pecqueur dans un petit article. Et oui, quand l’économiste écoute le géographe, il redevient modeste. Cette prise de conscience autour des forces et des faiblesses d’un territoire et de la vision parfois étriquée de l’économie permet d’imaginer la nécessaire coordination dans le temps et dans l’espace afin d’imaginer des solutions aux problèmes actuels et futurs. Mais c’est obligatoirement et toujours ancré sur un territoire. On comprend donc la nécessité de penser l’autonomie alimentaire. Surtout aujourd’hui où la moyenne est autour de 2 % selon le cabinet Utopie. Stephane Linou documente bien se lien entre résilience des territoires et sécurité.

Si on vous documente le fait que les ressources sont limités, que la croissance est faible et que lorsque la rentabilité du capital devient supérieure à la croissance (R>G) comme Piketty dans le capital au 21ème siècle vous êtes obligés de vous poser des questions d’arbitrages politique. Si vous découvrez à la suite de Milanovic et de « l’elephant-graph » que la mondialisation ne profite pas aux classes populaires vous comprenez le risque de montée du populisme ou la crise des gilets jaunes (qui sont très différents selon moi). Cette potentielle crise et révolte des salariés était d’ailleurs documentée avant qu’elle ne surviennent par un économiste pas franchement marxiste.

Quand on vous parle d’effondrement, vous êtes obligé de vous poser la question de l’action collective. Si vous créez un isolat autonome, il sera envié par ceux qui seront démunis et ils ne vous laisserons pas en profiter. De plus, les sociétés nécessitent une taille minimale et une complexité suffisante pour maintenir le système d’innovation (qu’il faut réorienter bien sûr) et la transmission des savoirs. Vous pouvez au départ être tenté par des solutions individuelles. Mais si vous approfondissez le sujet vous constaterez assez rapidement les impasses de certaines solutions. C’est d’ailleurs pour cela qu’il faut établir des scenarios et des modèles. 

Lorsque vous rencontrez une jeune personne qui souhaite ne pas avoir d’enfant et envisage même se faire enlever l’utérus il faut éviter de la juger. On peut lui dire que c’est un acte individuel. On peut l’alerter sur le fait qu’elle sera dépendante à des hormones et qui si le monde s’effondre ce n’est peut être pas une bonne idée. Mais vous devez accueillir cette souffrance.

Lorsque vous réfléchissez au collapse vous êtes obligé de vous poser la question de l’entraide. Vous savez qu’il faudra maintenir des structures sociales et éventuellement des systèmes de sécurité pour éviter les comportements rivaux.

Paradoxalement, la prise en compte d’un collapse nécessite de se projeter dans le long terme. Comment réduire l’empreinte carbone des bâtiments et des économies. Comment programmer ces changements qui ne peuvent s’opérer que sur le long terme. Sur ce domaine Frezos a raison de poser cette question. Comment articuler le temps long et réhabiliter là une espérance raisonnable. Le fait de lever le matin est déjà une confiance en la vie. Il faut identifier les actions faciles et rapides et celles qui sont plus longues et complexes. Mais un programme de réhabilitation thermique, la formation de médecins ou encore la gestion des infrastructures ou encore des retraitres se programme sur des décennies. On ne doit donc pas lâcher le temps long. Il faut aussi comprendre les mécanismes qui génèrent de l’inaction. J’avais essayé de la faire en traduisant cet article. Il a cependant tort quand il pense que cela dépolitise et individualise. 

Lorsque vous vous prenez dans la figure l’annonce d’Arthur Keller comme dans cette vidéo pour Next et qui est résumée dans le graphique (fait par Cédric Liardet) ci dessous vous vous posez obligatoirement un certain nombre de question qui ont trait au politique.

 

Lorsque vous écoutez la leçon inaugurale de Jancovici à Science Po vous êtes obligé de vous poser un certain nombre de questions. CO2 ou PIB il faut choisir. Plutôt radical comme conséquence.

 

Aujourd’hui on peut repérer 4 ou 5 imaginaires assez distincts

Le Business as Usual nous explique que tout peut continuer dans le status quo actuel puisque de nombreux pays dans le monde voient leur situation progresser. Les inégalités sont la contrepartie nécessaire à la formidable création de richesse et les désagréments des ressources et de la crise climatique est probablement gérable. Les biotechs, l’intelligence artificielle et les découvertes permettront de solutionner nos problèmes de toute façon.

Le green New deal (GND) nous explique que le capitalisme vert et la transition énergétique des éoliennes, du photovoltaïque ou des smart grids permettront de solutionner nos problèmes. Finalement c’est en investissant massivement dans des techniques propres que nous solutionnerons tout cela. On comprend bien que ce discours ne résiste pas longtemps à la confrontation avec un certain nombre de données. En vulgarisant et en popularisant la réflexion sur les sujets liés à l’anthropocène et à la déplétion des ressources comme le pick oil (et le pick all) les collapsologues rendent ce discours difficilement opérant.

Les survivalistes doomers ou effondristes nous expliquent (souvent à raison) qu’il n’y a pas de solutions ou en tout cas beaucoup de fausses solutions et que l’effondrement devrait probablement prendre la direction d’une falaise de Senèque. Que celui-ci pourrait être assez violent et ressembler beaucoup plus à Walking Dead ou à Mad Max. Ils ont en tout cas un rôle important qui est celui de montrer les lacunes des solutions proposées par les tenants du GND ou du BAU.

Les militants de Gaïa nous enjoignent de changer notre rapport à la nature et proposent une réflexion très riches qui nécessite une discussion. Ils ont tendances à développer des orthopraxies (pas de viande, zéro déchet, bio, circuits courts, pas d’avion, etc.) qui interrogent notre rapport à la consommation. Le seul risque est d’oublier l’objectif et la raison d’être de ces orthopraxies. On a le même problème que chez les religieux qui oublient le sens de leur carême ou du haram ou du Halal ou encore des misvoths (pour ne pas faire de jaloux).

La collapsologie provoque un questionnement

En questionnant toutes ces positions les collapsologues font de la politique au sens premier du terme. Ils réhabilitent les arènes de discussion et montrent (peut être parfois sans le vouloir) les affrontements et les antagonismes qui structurent nos sociétés. Ils réhabilitent donc la conflictualité irréductible de ces conceptions antagonistes de la société.

Le choc que provoque le diagnostic de la collapsologie, génère des réactions émotionnelles. La prise de conscience de l’aspect systémique du collapse peut provoquer une “métanoïa”, c’est-à-dire un brusque changement du regard, un élargissement du champ de conscience amenant à une nouvelle éthique, à un autre état d’esprit vis-à-vis des enjeux environnementaux. Autrement dit, la narration du collapse provoque une nouvelle façon d’être au monde. Il ne s’agit plus de se contenter de changements à la marge. Et en général lorsqu’on est dans ce genre de disposition on le fait par un engagement militant, politique ou sociétal pour ne pas rester en marge des évolutions du monde. Nous avons constaté dans les enquêtes que ce mécanisme fait que les collapsonautes ont tendance à privilégier les comportements pro-sociaux. Et veulent continuer à se projeter dans l’avenir.  « Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier » disait Martin Luther King. C’est assez souvent l’état d’esprit de ceux qui ont dépassé l’état de sidération et qui se sont remis en route.

Je le redis pour être sûr d’être compris. la collapsologie est politique. Pourtant elle ne justifie aucune dérive autoritaire au nom de l’impératif d’action en faveur de l’environnement. Elle ne justifie aucune mesure liberticide. Elle n’induit pas plus une forme d’apathie ou d’indifférence face à l’effondrement. Bien au contraire. C’est probablement un des questionnement qui réhabilite le plus les 6 dimensions mises en avant par Haidt pour faire société. Que l’on soit d’accord ou pas. Elle peut produire des réflexions qui seront le plus à même de permettre à la démocratie de se réinventer pour peu qu’on ne reste pas à la surface des choses. On assiste chez de nombreux collapsologues à des parcours d’apprentissage en autodidaxie très intéressants. Cela augmente la capacité à être pleinement citoyens et à rejoindre des arènes de discussions.

On trouve au contraire cette attitude chez des gens qui rejettent le terme de collapsologie et qui naturalisent l’impuissance de l’écologie politique à enrayer la trajectoire catastrophique de l’humanité. Toute action étant destructrice par nature. Il manque selon moi la réflexion philosophique de Bataille sur la « part maudite » acceptable et supportable qui fonde un rapport au monde. La dérive spiritualiste souvent évoquée par certains critiques est une dimension de la psyché de l’homme. J’avais évoqué cela dans un article sur le rapport des religions à la nature. En voulant rester sur une vision purement naturaliste et fataliste ils se méprennent totalement et ignorent totalement l’anthropologie.

J’observe que les gens ont tendance à avoir un point personnel de focalisation. Le problème, c’est le capitalisme. Le problème, c’est les rapports Nord Sud. Le problème c’est la démographie. Le problème c’est …………… [ajoutez votre truc à vous]. Comme ils ne sont pas des experts ils ont aussi une référence documentaire préférentielle.

En fait on est dans des interactions complexes et s’il suffisait d’un seul truc pour solutionner les problèmes ça serait génial. Mais généralement ça ne marche pas comme ça. Par contre ils interrogent les experts et les politiques sur la façon de communiquer. Et ça c’est une bonne chose.

La collapsologie crée du sens

Au final on peut dire que la collapsologie est en capacité de créer du sens au sens de Weick. C’était l’objet du premier article d’Yggdrassil. Une société est un tissu d’interaction où les individus co-construisent du sens et surtout le sens de leur action au sein de cette société. Ce mécanisme se fait à la fois par de la confiance réciproque (ou de la défiance) et par la projection dans l’avenir. Et c’est bien ça qui occupe la politique. Construire des mécanismes acceptés d’interaction entre les individus et une vision de l’avenir.

La collapsologie nécessite de traiter un vaste champs de connaissance dans des domaines très divers. Elle permet donc de réhabiliter le discours scientifique. Elle permet de se prémunir des raccourcis sur les sciences et de certaines positions excessives. Il faut admettre que le naturel et l’artificiel est une construction. Par exemple en agriculture opposer traitement chimique et naturel est souvent trop réducteur. C’est la toxicité qui doit être le critère. Le collapsologue n’est pas fondé à confondre sa conception militante avec la science. En théorie bien sûr. Un militant reste un militant il y a un beaucoup de collapsologues qui le sont. Mais globalement le registre de la preuve nécessite d’argumenter son point de vue. Il en va ainsi de tous les sujets. Bien sûr des militants opèrent des raccourcis. Les tenants d’une écologie militante oublient parfois que l’écologie est d’abord une science avant de devenir dans le champs politique une croyance et un système de compréhension du monde. Mais les collapsologues sont censés être dans le registre critique. Ce que nous ne faisons pas toujours. Il faut accepter sans cesse de revoir la robustesse de nos positions. Et moi avec les autres, nous devons tous nous méfier de nous même.

Alors comme ça la collapsologie dépolitise ? Vous êtes sûr ? La vraie question sera de construire, à partir de celle-ci, une proposition qui respecte les individus, leurs libertés et leur émancipation en ne niant pas les conflits qui traversent nécessairement toute société.  J’avais repris une partie des travaux de Haidt pour me les approprier. Ce n’est que mon point de vue. Cela ne peut pas être une proposition politique. Mais ma contribution au débat comme celui sur la démocratie comme processus inachevé.

Vous avez une conviction politique forte ? Emparez-vous du sujet. Si vous êtes humaniste, écologiste, républicain et respectueux de l’autre c’est mieux pour moi et j’aurais envie de vous lire.

C’est d’autant plus nécessaire qu’il faut répondre à ce questionnement fort parce qu’il est prégnant. Le futur a toujours été un questionnement de l’humanité. La nature a horreur du vide. Si vous ne le faites pas, d’autres, aux sentiments méphitiques le feront à votre place et ils auront la chance d’être entendus.